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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 00:01

Rousseau lettres individu société vertu Auteur : Jean-Jacques Rousseau

Titre : Lettres sur l'individu, la société et la vertu

 

Poche: 50 pages  

Editeur : Mille et une nuits (mars 2012) 

 

Mon avis :

4 étoiles

 

 

Jean-Jacques Rousseau a passé bon nombre d'années a justifier et réexpliquer sa pensée à des lecteurs souvent de mauvaise fois. Ces détracteurs, Voltaire en tête, ont témoigné de leur animosité dès le premier Discours ( Discours sur les sciences et les arts). Ses amis, en particulier Diderot, lui ont tourné le dos au second (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes). La première lettre, parue en 1757, est une explication de ce second discours en réponse à la critique de Philopolis, le naturaliste genevois Charles Bonnet (1720-1793). La seconde est essentielle car elle précise la pensée de l'auteur sur la vertu et la société.

 

Présentation de l'éditeur :

 

Le rousseauisme a nui à la réception de la philosophie de Jean-Jacques, qui avait une conception de l’homme et de la société plus nuancée que celle que lui a prêtée la postérité. C’est ce que nous dévoile admirablement deux lettres méconnues du Genevois qui résument très efficacement sa philosophie politique avant qu’il n’écrive Du contrat social et L’Émile. En 1755, il expose à un naturaliste suisse qui a pour nom de plume Philopolis (Lettre à Philopolis) les principes de vertu que requiert de tous les hommes l’état social, laborieux, forcément laborieux collectivement. En 1757, dans une lettre oubliée (Lettre sur la vertu), il revient sur le passage de l’état de nature à l’état social, et la transformation de la bonté naturelle en un nécessaire rapport à autrui. La vertu et le souci du commun ont une place centrale. On est bien loin de l’idée réductrice propagée ensuite par l’individualisme : la société, c’est mal !

 

Ma lecture :

 

On comprend bien en lisant ces deux lettres combien les critiques ont pu être bien injustes, se basant sur une lecture partielle du texte de Jean-Jacques Rousseau. Si l'auteur m'est apparu quelque peu paranoïaque dans ma lecture  des  Rêveries du promeneur solitaire, je dois bien admettre qu'il gagne petit à petit ma sympathie. Si, sur la fin de sa vie il semble s'être laissé gagné par cet état d'esprit dépressif, on peut comprendre, et compatir. Car effectivement, ses contemporains ont mis un malin plaisir à dénaturer son propos. Cette appréciation (dépréciation) de la pensée de Rousseau semble d'ailleurs perdurer aujourd'hui.

 

Dans la Lettre à Philopolis (1755), Jean-Jacques Rousseau précise son point de vue sur l'état d'être social qu'est l'Homme. Alors que ses contemporains juge la position de l'Homme dans la société comme était un état inné, Rousseau défend, lui, que si la nature de l'Homme le conduit effectivement à rechercher la vie en société, cet état doit être acquis. Il présente ensuite ce que perd l'Homme à vivre en société. Mais ce que semblent avoir oublié ses détracteurs, c'est que malgré tout, il défend cette vie en société comme apportant plus à l'Homme qu'elle ne lui fait perdre. Et l'image d'un Rousseau vivant dans la plus complète solitude et regrettant l'état de vie sauvage, se brouille considérablement.

 

Rousseau apporte également une réflexion autour de Dieu qui me paraît pouvoir expliquer peut-être cette opposition dont il fut la victime. Il refuse ici la vision communément répandue que si le Mal existe sur terre c'est que Dieu en a voulu ainsi et que cela doit se justifier par de bonnes raisons... et qu'il ne nous reste donc plus qu'à nous incliner. Cette vision des choses est certainement très utile alors pour l'Eglise et pour les classes dominantes, mais Jean-Jacques Rousseau ne la partage pas. Pour Rousseau enfin, l'Homme est bon par nature et se sont les relations avec les autres qui induisent des passions qui peuvent le rendre mauvais. Nul besoin de baptême pour rendre l'Homme bon.

 

Dans la seconde lettre, Lettre sur la Vertu (1757), Jean-Jacques Rousseau s'attache à préciser ce qu'il entend derrière cette qualité. Selon lui, la vertu naît de la vie en société. Dans la solitude de la nature, point de vices ne nécessitent de vertu. Il parle tout simplement de bonté naturelle. Le vice et la vertu naissent de cette vie sociale. Dans cette lettre, Rousseau distingue ce qui relève du bien commun de ce qui reste du particulier : selon lui la vertu doit être garantie par les règles de la vie en société et par les outils qu'elle se donne pour la faire respecter (le droit et la justice principalement). On voit poindre ici la réflexion qu'il conduira dans un texte tel que Le Contrat social.

 

Le-vice-et-la-vertu---Paul-Veronese.jpg

Le garçon entre la vertu et le vice - Paul Véronèse (1575)

 

 

Très humble, Rousseau met ses propositions en perspective : il prend du recul et s'interroge sur le point de vue duquel il se situe et constate qu'il pourrait être tout autre dans un autre environnement social, dans d'autres cultures. C'est aussi, de mon point de vue ce qui fait la richesse de l'analyse proposée par Jean-Jacques Rousseau.

 

Pour conclure, la postface de Cyril Morana, professeur de philosophie et écrivain, est également très riche. Encore une lecture que je vous conseille !

 

 

**********

 

Il s'agissait là de ma seconde lecture réalisée dans le cadre de mon défi Les meilleures lectures de l'été 2012.

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Catégorie Des arts et des lettres

 

 

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Elle me permet également d'honorer mon troisième rendez-vous du challenge que je vous propose : 300 ans - Jean-Jacques Rousseau.

 

Pour découvrir les autres billets et ceux des autres participants, je vous invite à consulter le billet de  présentation du challenge.

 

Je compte sur vous pour notre prochaine lecture : le 28 septembre.

 

 


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