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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 22:01

510F3KHWOCL. SL500 AA300Présentation de l'éditeur :

 

Dur à la tâche, entreprenant et autoritaire, Fanch Goasdoué s'afuruie dès sa jeunesse comme une figure de fermier exemplaire. Avec sa mère, maîtresse femme sortie de la misère à force de courage et de travail, il s'acharne à transformer la petite métairie de Roz-Kelenn en un domaine prospère, à Briec-de-l'Odet, près de Quimper. Cette réussite cache une vie familiale moins glorieuse. Père de trois filles qu'il ne sait pas aimer, il feint de ne pas voir l'état de santé de plus en plus inquiétant de sa femme qui s'épuise aux corvées. Jusqu'à ce que l'une des filles, Soizig, révoltée par son indifférence et aussi forte tête que sa grand-mère, décide de ne plus baisser les yeux devant le patriarche. Entre eux, désormais, c'est la guerre...

 

 

Ma lecture :  

 

Le roman débute en 1892 avec la naissance de Jabel pour se terminer en août 2002 avec l'enterrement de son fils, Fanch. Pendant plus d'un siècle, c'est l'histoire d'une famille bretonne que nous suivons pas à pas. Plus qu'une histoire de famille, c'est à la transformation de la Bretagne à laquelle nous assistons, à l'évolution du monde agricole et des mentalités.

Dans ce roman, Hervé Jaouen dépeint avec précision et réalisme les caractères de ses personnages. Celui de Fanch tout d'abord, le fils de Roz-Kelenn. François est un breton de la terre, dur au mal et au travail. Un paysan tel qu'il en existait beaucoup, auxquels le travail ne faisait pas peur, mais qui y ont aussi usé leur santé et celle de leurs proches. Fanch est un homme bourru, grognon, têtu et plein de certitudes. C'est un homme qui sait s'occuper de sa terre et de ses bêtes, qui respecte les rythmes et les saisons comme ses ancêtres avant lui. Mais c'est aussi un homme qui ne voit pas le monde changer autour de lui, qui ne sait pas voir les aspirations de ses filles, celles de sa femme. Si Fanch est dur, Hervé Jaouen sait nous le rendre attachant car, finalement, c'est un homme d'une autre époque continuellement remis en cause par l'époque dans laquelle il vit. Il est quelqu'un qui ne se ménage pas, qui se donne du mal, mais qui ne sait pas voir ce que les autres attendent de lui.

Les caractères, ce sont aussi, et peut-être surtout, des femmes. Très présentes à Roz-Kelenn à l'image de Jabel gozh, elles sont la force de ce roman. Femmes de tête et de caractère, elles mènent leur monde où bon leur semble. Au sein de cette société que l'on a longtemps caractérisée de matriarcale, Fanch a du mal à trouver sa place. Les guerres et l'absence des hommes leur ont donné de l'autorité. Maîtresses dans leur maison, on voit à quel point les hommes sont absents de ce roman. Quand ils sont là, ce ne sont jamais des personnages centraux, et ils sont souvent de faibles caractères. Seul Fanch fait le contre-poids.

Finalement, au fil du récit, celui qui devait nous apparaître comme le vilain patriarche intolérant, m'a donné à moi l'image d'un homme de caractère, certes, mais totalement débordé par les femmes de son entourage : sa mère en premier lieu, mais aussi sa soeur et ses filles. Seule sa femme semble impuissante, affaiblie encore par la maladie. A l'inverse, les femmes, décrites elles aussi avec un caractère fort, mais comme étant justes, généreuses, ouvertes d'esprit, me sont apparues à la fois intransigeantes, dures. Finalement, les personnages ne sont ni tout noir ni tout blanc, et c'est cet équilibre qui fait tout l'intérêt de ce roman.

Au-delà de cette magistrale leçon sur la nature humaine, nous découvrons aussi l'évolution de la Bretagne, de la France et de ses campagnes dans leur ensemble, avec l'arrivée de tout ce "progrès" : du téléphone aux frigidaire, machine à laver, congélateur, mais également aux réglementations européennes, aux contraintes financières et pressions du marché ... La vie du paysan ne sera plus jamais la même, le poids des traditions non plus. Aujourd'hui, les jeunes ne se fiancent plus mais se fréquentent et vivent ensemble, tout simplement. Les enterrements également dérogent aux traditions, jusqu'à René qui fait l'affront à Jeannette, la soeur de Fanch, de se faire incinérer !!

A travers ce roman, on rencontre aussi l'Eglise, le poids qu'elle avait dans les campagnes et la pression que ses serviteurs mettait sur leurs ouailles.

Ce roman est d'une très grande richesse. Il nous interpelle à chaque page pour faire remonter à notre mémoire telle ou telle anecdote, vécue ou racontée en famille. Et ce jusqu'aux tournures de phrases et au parler de la campagne bretonne, si ce n'est aux mots bretons eux-mêmes. Tout y est ! Même ces innombrables bretons qui ont quitté le pays pour monter à Paris afin d'y travailler dans l'Administration, que ce soit aux PTT ou ailleurs.

 

Bref, un vrai bonheur que je vous recommande !

De mon côté, je vais jeter un coup d'oeil aux autres ouvrages de Mr Jaoue, notamment "Ceux de Ker-Ascol" qui est l'autre face de cette même histoire.

 

 

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Extraits :

 

"Cette école laïque, c'était la tête de pont des armées anticléricales que les Kermoal n'étaient pas les seuls à accueillir les bras ouverts. [...] Combien de petits enfants l'école du diable allait-elle corrompre ? Le risque était immense de voir se tarir, en cette basse Bretagne jusque-là si fertile, le vivier d'âmes où l'Eglise puisait à l'envi, dans le fumier de la misère, ses cohortes de séminaristes et ses litanies de religieuses. Le recteur de Briec monta au front."  (Les filles de Roz-Kelenn - Hervé Jaouen - Pocket, les Presses de la Cité - page 33)

 

"Il détestait le chambard des bals, les bouches vineuses des gueules saoules et les poses de ces filles qui se prenaient pour des pouliches alors qu'elles n'étaient que des ânesses, il n'y avait qu'à écouter leurs braiments. D'ordinaire il n'aimait pas non plus beaucoup la danse en elle-même, parce qu'elle vous expose au jugement du tout venant."  (Les filles de Roz-Kelenn - Hervé Jaouen - Pocket, les Presses de la Cité - page 107)

 

"De même qu'on en met au cheval pour qu'il regarde droit devant et qu'il n'ait pas peur du chien qui tournicote à droite ou à gauche, ou d'un vélo ou d'une voiture en traversant la grand-route, Fanch chaussait ses oeillères par crainte d'avoir à reconnaître les signes des changements qui le priveraient de sa liberté : outre la mécanisation en marche et l'arrivée des premiers tracteurs, on annonçait un bouleversement des méthodes, on prévoyait la toute-puissance des coopératives, on prédisait l'encadrement de la production laitière et la mise au pas des paysans par le Marché commun [...]."  (Les filles de Roz-Kelenn - Hervé Jaouen - Pocket, les Presses de la Cité - page 132)

 

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